Quittant un lieu adulé(à force de l'avoir embrassé de toute notre âme) vers un autre à aimer(non pas par obligation mais par envie sincère), déménage-t-on ou emménage-t-on? Nous partons toujours de quelque part. Nous arrivons toujours ailleurs,avec, à ses semelles, les traces d'avant-là. Si nous croisons dans notre existence des endroits nourriciers qui forment nos consciences, surtout quand ils ont verbalisé à ce point notre formation intellectuelle, leur tourner le dos demande volonté d'autant plus grande qu'elle nous est dictée par un principe de réalité. Soyons symboliquement précis. Le déracinement d'un endroit cher à nos coeurs est-il toujours source de mécontentement propice à la nostalgie ou au contraire, le signe marquant d'un nouveau départ capable d'irradier une certaine expression prospective? Deux mouvements en un, en quelque sorte, inséparables tant nos contradictions restent en émerveillement. Comme une attention de tous les instants à l'imminence de l'événement prévu, qui n'est pas forcément triste, négatif ou mortifère, mais pourquoi pas la vie même , avec une intensité dramatique et joyeuse réinventée. Puisqu'il le faut.
de Jean Emmanuel Ducoin