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La vie est confrontation, partage d"être. La connaissance est faite d'écoute.Développer mon humain à travers les pensées d'autrui...

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Mémoires (2)

... J'ai dit que la politique n'était pas mon fait et même au temps de l'adolescence mes camarades et moi n'abordions jamais ce sujet dans nos conversations. Cependant, dans les années qui précédèrent de peu la dévaluation du franc en 1928 nous eûmes un écho de la crise monétaire dans notre collège à la suite de circonstances que je relaterai plus loin.
  Ce furent, durant cette période, qui allait des dernières années de mon enfance à celle de mon adolescence, les seuls évènements politiques et sociaux qui touchèrent mon esprit et se gravèrent dans mon souvenir.

  Mon père était agent de ligne aux P.T.T. Issu d'un milieu modeste et dernier d'une famille de neufs enfants, il avait connu de bonne heure la dure nécéssité de gagner sa vie et senti tout  ce qu'il y a d'angoisse, pour certains défavorisés, dans les fins de mois difficiles. Ma mère d'un père artisan de village qui en son temps fit, compagnon, son tour de France et connut, pour l'avoir vécu, le siège de Paris par les prussiens en 1870, et d'une mère d'origine, elle aussi villageoise. Ma grand-mère était pieuse, rigide, sévère, sans tendresse expansive pour ses cinq enfants. Elle maria sa dernière fille, ma mère, sans la consulter.

  Dans l'étroit logis que nous occupions, trois pièces, dont une cuisine qui servait aussi de salle à manger et de salon, ma mère nous réserva la meilleure et la plus confortable des deux chambres à coucher. Je me souviens des prodiges d'ingéniosité dont elle faisait preuve pour que nous fussions vêtues à la dernière mode. A cette époque, vers 1925, les robes et les dessous n'étaient pas en nylon mais en coton, en linon ou en soie. Je revois encore une belle robe que je portais le dimanche et les jours de fête: en crêpe de Chine , ornée, sur le devant de la jupe, de petites fleurs de tissu qui se détachaient comme sur un parterre. Naturellement nous avions, à même la peau, de petites chemises à bretelles, puis venaient la combinaison, la robe, chaude en hiver, légère en été. Plus tard, la mode puis l'habitude vint et s'installa définitivement des pulls over et autres tricots. Il était impensable, évidemment, que les filles portassent des pantalons, réservés aux garçons. Nous avions des bas de laine, de fil ou de soie mais ces derniers étaient chers. En toutes saisons la tête des femmes et des filles se couvraient d'un chapeau, paille ou feutre selon la saison, ou d'un béret. Cependant certaines grand-mères (dont la mère de mon père) portaient encore un bonnet, genre de foulard noir enserrant la tête: les veuves laissaient pendre sur le côté une sorte de queue ressemblant à l'oreille d'un lapin.

 Marie Louise Roux
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