La vie est confrontation, partage d"être. La connaissance est faite d'écoute.Développer mon humain à travers les pensées d'autrui...
Un homme qui passait vit la hideuse bête,
Et, frémissant, lui mit le talon sur la tête;
C'était un prêtre ayant un livre qu'il lisait;
Puis une femme, avec une fleur au corset,
Vint et lui creva l'oeil du bout de son ombrelle;
Et le prêtre était vieux, et la femme était belle.
Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.
-J'étais enfant, j'étais petit, j'étais cruel;-
Tout homme sur la terre, où l'âme erre asservie,
Peut commencer ainsi le récit de sa vie.
On a le jeu, l'ivresse et l'aube dans les yeux,
On a sa mère, on est des écoliers joyeux,
De petits hommes gais, respirant l'atmosphère
A pleins poumons, aimés, libres, contents; que faire
Sinon de torturer quelque être malheureux ?
Le crapaud se traînait au fond du chemin creux.
C'était l'heure où des champs les profondeurs s'azurent;
Fauve, il cherchait la nuit; les enfants l'aperçurent
Et crièrent: "Tuons ce vilain animal,
Et, puisqu'il est si laid, faisons lui bien du mal!"
Et chacun d'eux, riant, -l'enfant rie quand il tue,-
Se mit à le piquer d'une branche pointue,
Elargissant le trou de l'oeil crevé, blessant
Les blessures, ravis, applaudis du passant;
Car les passants riaient; et l'ombre sépulcrale
Couvrait ce noir martyr qui n'a pas même un râle,
Et le sang, sang affreux, de toutes parts coulait
Sur ce pauvre être ayant pour crime d'être laid;
Il fuyait; il avait une patte arrachée;
Un enfant le frappait d'une pelle ébréchée;
Et chaque coup faisait écumer ce proscrit
Qui, même quand le jour sur sa tête sourit,
Même sous le grand ciel, rampe au fond d'une cave;
Et les enfants disaient: "Est-il méchant ? il bave!"
Son front saignait; son oeil pendait; dans le genêt
Et la ronce, effroyable à voir, il cheminait;
On eût dit qu'il sortait de quelque affreuse serre;
Oh! la sombre action! empirer la misère!
...à suivre...